Le journal du cabinet · 8 juillet 2026
Entorse de cheville : quand (et comment) reprendre le sport sans rechuter
« Ça ne me fait plus mal, je peux rejouer ? » C’est probablement la question qu’on nous pose le plus souvent au cabinet. Et la réponse honnête est : la disparition de la douleur ne dit presque rien de l’état réel de votre cheville.
Pourquoi la cheville récidive autant
L’entorse externe de cheville est la blessure sportive la plus fréquente — et l’une des plus récidivantes. La raison est simple : au-delà des ligaments, une entorse abîme les capteurs proprioceptifs, ces terminaisons nerveuses qui renseignent le cerveau sur la position du pied. Tant qu’ils ne sont pas réentraînés, la cheville « répond » avec un temps de retard sur terrain irrégulier ou lors d’un changement d’appui. La douleur est partie, le risque est resté.
Phase 1 — Calmer et protéger (semaine 1 à 2)
Glace, compression, appui progressif selon la gravité : cette phase vise à contrôler l’œdème et à protéger la cicatrisation ligamentaire. Contrairement à une idée reçue, l’immobilisation totale prolongée est rarement souhaitable : un appui précoce bien dosé accélère la récupération. C’est aussi le moment du bilan chiffré — amplitudes, périmètre de marche, douleur — qui servira de référence.
Phase 2 — Reconstruire (semaine 2 à 6)
C’est la phase que les patients pressés sautent, et c’est elle qui fait toute la différence :
- Mobilité : récupérer la flexion dorsale complète, souvent limitée après entorse.
- Force : renforcer les fibulaires, muscles stabilisateurs de la cheville.
- Proprioception : plateaux instables, appuis unipodaux, yeux fermés — réentraîner les fameux capteurs.
Deux à trois séances par semaine au cabinet, complétées par un programme quotidien de dix minutes à la maison.
Phase 3 — Retourner au sport, preuves à l’appui (semaine 6+)
La reprise se valide par des tests, pas par le calendrier : sauts unipodaux comparés au côté sain, appuis en huit, sprints avec changements de direction. Quand les chiffres atteignent au moins 90 % du côté non blessé, le retour à l’entraînement collectif peut commencer — d’abord sans opposition, puis complet.
Ce qu’il faut retenir
Une entorse bien rééduquée, c’est six à huit semaines encadrées. Une entorse négligée, c’est souvent une cheville instable pour des années. Si votre cheville « lâche » encore, même des mois après la blessure, il n’est pas trop tard : un bilan permet de savoir exactement où vous en êtes.